« Une résurrection » : un album et des concerts prévus pour Jah Prince, l’ex-star du reggae devenu SDF

Le musicien explique plancher sur de nouvelles chansons depuis notre article. Fans et anonymes lui ont tendu la main. Il va sortir un album pour Noël et se produira sur scène au New Morning en 2024

 

Via les réseaux sociaux, ou par mail, les propositions de logement ont afflué de la part d’anonymes, touchés par l’histoire de Jah Prince. Ce Franco-Ivoirien de 60 ans est une ex-star du reggae qui vit depuis près de neuf ans dans une tente du bois de Vincennes, comme 140 autres SDF.

Même si tous ses soucis ne sont pas réglés, une vague de solidarité permet au chanteur de revenir sur le devant de la scène*. Un premier pas vers un retour à la vie qu’il illustre dans un clip sorti pour Noël.

Rencontré au détour de notre reportage publié mi-octobre, il racontait alors sa descente aux enfers, privé de tous ses biens par le gouvernement de Côte d’Ivoire qui lui reprochait ses textes engagés : « En 2011, à la douane, ils ont saisi sans raison toutes mes affaires et près de 300 000 euros de matériel de musique, relate Jah Prince qui a grandi en banlieue parisienne. Dans ce conteneur, il y avait de quoi organiser des festivals, promouvoir le reggae en Côte d’Ivoire et monter une école de musique. J’y avais investi toutes mes économies.

L’année suivante, il est placé en détention pour avoir consommé du cannabis chez lui dans sa belle demeure près d’Abidjan. Une décision que plusieurs journaux et blogs locaux jugent « arbitraire ». « Je fume parce que c’est dans ma religion rasta, plaide-t-il. Mais ils cherchaient un prétexte. Car plusieurs fois, l’armée est venue dans mon domaine pour m’intimider, sans mandat d’un quelconque juge. »

Il est libéré en 2013, sur intervention du gouvernement français, et se voit contraint de regagner Paris, ruiné, car il est interdit de séjour en Côte d’Ivoire. « J’ai tout perdu, y compris mes terres et ma maison, raconte celui dont le véritable nom est Prince Serge Saint-Florent Serry. Depuis, je survis dans les bois. »

Un bout de miroir permet à Jah Prince de faire sa toilette sur son campement de fortune du Bois de Vincennes (archives). LP/Olivier Corsan

Les concerts dans des salles parisiennes lui permettent un temps de tenir. Mais là encore, il investit ses cachets pour se confectionner un studio improvisé dans une immense tente marabout montée dans le bois de Vincennes. Mais tout sera détruit dans un incendie criminel, avant qu’il n’ait terminé d’enregistrer un nouvel album. Résigné, il mène une vie de misère, entre son hamac l’été et sa tente igloo l’hiver. À se laver le matin avec de l’eau récupérée dans une fontaine en se regardant dans un morceau de miroir cassé…

« Je n’y croyais plus, j’avais arrêté la musique depuis plusieurs années, mais il y a eu un tel buzz autour de mon témoignage que ça m’a touché, j’ai senti beaucoup de considération et d’amour des gens », glisse Jah Prince, profondément reconnaissant et qui vient de mettre à jour ses réseaux, YouTube et son site internet personnel pour y proposer ses CD à la vente..

« Je planche sur de nouvelles chansons »

Des anonymes envoient des messages de soutien. Certains proposent d’héberger le chanteur. D’autres de monter des cagnottes. Le milieu de la musique découvre aussi la situation de l’un des pionniers de l’Afrika reggae. Ingénieur du son, Abou travaillait avec Jah Prince en 2003, à l’époque où il a sorti « Prisonnier de Babylone », son premier et seul album – car il préférait la scène. « On ne s’était plus revus depuis son départ pour la Côte d’Ivoire voici plus de quinze ans, confie ce technicien de la musique. Et le retrouver dans un reportage, comme ça, SDF, ça m’a choqué. Je ne savais pas qu’il avait tout perdu. »

Et là, coup de théâtre ! Dans ses archives, Abou dispose encore des copies des enregistrements des chansons de l’album de Jah Prince. Il se déplace au bois de Vincennes et se met en quête de trouver cet artiste qu’il « admire ». « Ce n’est pas seulement un musicien, c’est un philosophe qui luttait pour ceux qui n’avaient pas de voix, et aujourd’hui il se retrouve comme eux, à leur place », soupire Abou qui finit par dénicher la tente de son mentor et lui donne les enregistrements.

« Jusque-là, je n’avais aucun titre sur les plates-formes d’écoute, je ne pouvais pas les mettre puisque j’avais tout perdu, mais c’est enfin possible désormais, tout est disponible pour les fêtes », se réjouit Jah Prince. Un clip a été réalisé, dont la mise en ligne sur YouTube a aussi été programmée pour les fêtes. « La nouvelle génération et mes anciens fans pourront profiter de cet album Prisonnier de Babylone qui a 20 ans mais que la plupart des gens n’ont entendu que sur scène », se réjouit-il. De quoi générer un peu d’argent, en attendant la suite…

« Je planche sur de nouvelles chansons, mais je vais prendre le temps et soigner ce retour, pour que ce soit parfait », confie l’artiste qui vit ces instants comme une « résurrection ». « Et ce sera l’état d’esprit de mes prochaines créations, je ne veux pas en dire davantage pour le moment, mais j’ai hâte, j’ai trop de musiques en réserve dans ma tête depuis toutes ces années… », reprend-il.

Un travail que le public découvrira sur la scène du New Morning, une salle de 500 places à Paris, le 19 juin 2024. « Dans quelques jours, les places seront disponibles à la vente, ceux qui veulent me donner de la force et de l’amour, je les attends là, ça va être un moment de bonheur et de partage », sourit le rasta à la barbe blanche. D’autres concerts pourraient venir remplir son calendrier, mais rien n’est encore officialisé.

« C’est notre priorité » assure la Sacem

Mais tout n’est pas rose pour autant, car entre ses séances en studio, le campeur du bois de Vincennes subit les affres du froid. Son âge et quelques problèmes de santé n’arrangent rien au tableau. « Ça devient dur en ce moment, mais je ne me vois pas vivre chez quelqu’un, j’ai eu de belles propositions, mais squatter la maison d’un autre, ça finit toujours par embêter ou déranger, on ne peut pas faire ce qu’on veut, et puis il me faut de la place, j’ai besoin d’un atelier d’artiste pour créer, tout en restant très proche de Paris », avance Jah Prince, qui, à défaut, préfère sa tente, en rêvant à mieux…

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Jah Prince s’est retiré dans le bois de Vincennes